Que s’est-il donc passé pour que nous y connaissions un grave échec ainsi qu’aux législatives où les socialistes ont toutefois connu un second tour meilleur que prévu.
Aujourd’hui, cela n’échappe à personne, Nicolas Sarkozy est Président de la République et l'U.M.P. dispose à l’Assemblée Nationale - comme au Sénat - d’une majorité absolue plus que confortable.
 
 
Comment en sommes-nous arrivés là ?
Les sondages, leur utilisation, voire leur manipulation par un petit groupe d’apprentis sorciers, ont fait croire aux Socialistes que la candidate à la candidature battrait Sarkozy et surtout qu’elle était la seule à pouvoir le faire. Bon nombre de militants furent enthousiastes. On ne peut les en blâmer mais on connaît la suite !
 
 
Nous avons subi trois échecs consécutifs à la Présidentielle, mais ils ne sont pas de même nature, n’ont pas les mêmes causes ni les mêmes conséquences.
En 1995, la défaite, prévue, fut honorable. Le Parti se remit au travail, et il connut la belle victoire de 1997 aux législatives.
En 2002, la présence de Chevènement et de Taubira au premier tour a privé notre candidat d’un second tour qui aurait pu être gagné. Peut-être n’avions-nous pas offert au M.R.C. et au P.R.G. ce qui, en 2007, les a dissuadés d’avoir des candidats !…
 
 
Cette année, « on » nous avait assuré que nous allions gagner et pourtant nous avons perdu, nettement.
Il nous appartient à tous de rechercher les causes de cette défaite, non pas pour dénoncer des responsabilités mais pour éviter de reproduire à l’avenir les mêmes erreurs.
Des causes indubitablement fausses ont été mises en avant.
Le pays serait « passé » à droite. Faux ! Les cantonales, les régionales et les européennes, gagnées largement, ainsi que les résultats du second tour des législatives de juin le démontrent à l’évidence.
Le Parti n’aurait pas aidé la candidate. Faux ! Les responsables ont été présents quand on le leur a demandé, les militants ont été extraordinaires mais la candidate a omis de s'appuyer sur notre très riche réseau d'élus à tous les niveaux. On ne peut pas à la fois vouloir se distancier du Parti et le rendre, seul, responsable de l'échec.
La candidate prétend aujourd’hui que le projet du PS qu’elle a dû défendre n’était pas crédible, mais elle oublie de dire qu’elle a été associée dès l’origine à son élaboration, qu’elle n’a fait alors aucune observation, et ne l’a ni dénoncé, ni même modifié pendant la campagne.
On a aussi mis en cause l’inversion du calendrier, mais les législatives après la Présidentielle sont dans la logique des institutions de la Vème République ; ce calendrier fut celui de 1981 et de 1988, et si la candidate n’avait pas perdu l’élection majeure, nous aurions bien évidemment connu la victoire aux législatives.
 
 
D’autres raisons de la défaite apparaissent comme bien plus vraisemblables.
Il n’y a pas eu de vrai bilan de la droite au pouvoir et on a laissé son candidat apparaître comme un homme neuf, mieux, comme l’homme de la rupture !
Il aurait fallu aussi et surtout valoriser le bilan du gouvernement de la gauche unie de Lionel Jospin pour montrer la différence avec la gestion de la droite. Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait ?
Il n’y a pas eu de confrontation gauche-droite suffisamment visible et le marivaudage avec Bayrou a ajouté à la confusion.
La campagne, elle, a été pour le moins chaotique…
En définitive, la Présidentielle s’est jouée sur les crédibilités comparées du candidat de la droite et de notre candidate, au détriment de celle-ci.
Au 1er tour, elle a siphonné les voix de la gauche non socialiste, tout en effrayant - cela peut sembler paradoxal – des électeurs du PS, dont certains se sont même réfugiés dans un vote « Bayrou ».
Ainsi, il n’y avait plus de réserves de voix à  gauche et l’échec du second tour a été sans appel. Cela n’a eu aucun sens de présenter le résultat comme une « victoire » au soir du 6 mai.
 
 
En ce qui concerne les législatives, le 1er tour a été mauvais car le PS était inaudible. En effet, il ne pouvait ni proposer une cohabitation, ni dire que nous avions perdu d’avance. Nos candidats n’ont eu d’autre ressource que de mener des campagnes purement locales.
Le second tour fut meilleur car nos électeurs ont été effrayés par le « tout Sarkozy » et les déclarations de Borloo déflorant les projets d’une « T.V.A. sociale ».
 
 
Les résultats du second tour des législatives - plus de 49% pour la gauche - démontrent que la Présidentielle aurait pu être gagnée, avec une autre méthode, d’autres arguments, une autre campagne et, osons le dire, une autre candidature !
 
 

Jean-Pierre DEMERLIAT