23 10 2008
Antiparlementarisme et populisme
Par Jean-Pierre Demerliat, à 12:01 | General | #107 |
(Extrait d’un article de Philippe Foussier, Rédacteur en Chef de Communes, Départements et Régions de France, paru dans le numéro d’octobre 2008 de cette revue)
Le dernier scrutin sénatorial a donné lieu à une campagne de dénigrement qui devrait alerter les démocrates. Le Sénat a été caricaturé dans des proportions assez inédites. Pour faire court, le sénateur est un cumulard invétéré, bedonnant, fréquemment assoupi, plus soucieux de fréquenter le restaurant que l’hémicycle, septuagénaire voire octogénaire, mâle bien évidemment, disposant de revenus inégalés dans la République (et pourquoi pas dans le privé…). Ces caricatures, récurrentes dans une certaine presse écrite, et pas seulement à l’extrême droite, sont indignes. Elles relèvent de l’antiparlementarisme et du populisme. Elles étaient autrefois le fait des ligues, pendant l’entre deux guerres, le poujadisme sous la IVème République puis le lepénisme à partir des années 80 ont ensuite pris le relais pour poursuivre cette sinistre tradition. Lors de la dernière campagne présidentielle, un populisme centriste d’un nouveau genre avait même fait son apparition. Et ce sont aujourd’hui les journalistes -des journalistes- qui entonnent ce refrain démagogique inquiétant. Pour ce qui concerne les élus socialistes et républicains en tous cas, qui peut prétendre sérieusement qu’ils correspondent à ce que cet antiparlementarisme primaire prétend ? Aujourd’hui les sénateurs, hier les maires « inconséquents » avec les deniers publics selon Raffarin, demain les députés, alors que depuis quelques années une propagande insidieuse mais efficace proclame le caractère obsolète de la démocratie représentative ; le tout avec un hyperprésidentialisme inauguré par Sarkozy en mai 2007. Tous les ingrédients sont réunis pour fragiliser notre édifice démocratique. Un effort de pédagogie et de communication en direction des citoyens serait de bon ton pour enrayer cette évolution.