Si Sarkozy, son Fillon, son gouvernement et sa majorité ont pris une mémorable raclée au premier tour des élections régionales c’est, ils ont raison de le dire, en grande partie à cause de l’abstention.
Des électeurs se sont effectivement abstenus en grand nombre, mais ce sont avant tout leurs électeurs qui se sont abstenus !
On ne s’abstient pas par hasard, parce que c’est dans l’air du temps, parce qu’on préfère aller à la pêche à la ligne, aux champignons ou rester au coin du feu.
On s’abstient quand on n’a plus confiance dans les responsables de son propre camp et qu’on n’a pas encore décidé de franchir le pas et de voter contre eux.
L’abstention est donc la plupart du temps une attitude réfléchie : un abstentionniste est d’abord un électeur mécontent de ses propres amis politiques.
Dans tous les scrutins, c’est surtout la mobilisation des abstentionnistes potentiels qui donne la victoire. En effet, rares sont les citoyens qui, dans un premier temps, changent de camp pour manifester leur mécontentement. Quand ils sont déçus, ils commencent par s’abstenir. Contrairement à ce que croient certains, la victoire ne tient pas, sauf circonstance exceptionnelle, aux changements de pieds des électeurs.
La victoire va donc vers ceux dont le camp se mobilise sans problème ; l’échec politique avéré d’une majorité ouvre toujours un boulevard à ses adversaires.
Le scrutin du dimanche 14 mars est bel et bien un désaveu du Président de la République, de ses amis et de leur politique, désaveu infligé par celles et ceux qui leur avaient fait confiance et qui sont maintenant déçus.
La droite a donc raison de dire que l’abstention est la principale cause de son échec mais elle est malhonnête lorsqu’elle attribue à celle-ci une signification qu’elle n’a absolument pas.