Les européennes de dimanche 7 juin dernier n’ont pas été bonnes, c’est le moins que l’on puisse dire : nous passons de 28,90 % en 2004 à 16,48 %, au plan national, soit une perte de 12,40 points et de 39,80 % à 22,80 % chez nous, soit une perte de 17 points.
Les raisons de notre déclin général ont été largement exposées, confrontées, débattues et je n’y reviendrai pas.
Nous avons tous en mémoire ce qui jusqu’alors s’est toujours produit dans notre département, à chaque élection : lorsque le Parti progresse, nous progressons plus que la moyenne nationale ; lorsque le Parti régresse, nous nous maintenons, nous progressons même parfois, et si nous régressons, nous régressons toujours moins qu’au plan national.
Cette fois, nous avons perdu beaucoup plus qu’au plan national (17 points contre 12,40).
Il importe donc d’en identifier les raisons et les responsables afin que cette anomalie ne se reproduise pas.
A mon sens, certaines fautes sont imputables à la direction nationale et d’autres sont d’origine locale.
Martine Aubry, pour des raisons que nous connaissons tous, s’est sentie obligée « d’exfiltrer » de la région Nord-Ouest les sortants Weber et Peillon pour faire place à ses amis locaux, de qui elle se sentait peut-être redevable… Henri Weber s’est donc retrouvé tête de liste dans notre circonscription.
De plus, peut-être pour se venger du fait que certains de nos grands élus auraient (discrètement ?) fait voter pour Ségolène Royal lors de l’élection du Premier Secrétaire, Martine Aubry a « oublié » de placer un Limousin, un Haut-viennois, dans la liste Massif Central-Centre, alors que nous avions deux sortants consécutifs : Bernadette Bourzai et Jean-Paul Denanot qui lui a succédé lorsqu’elle a été élue sénatrice de la Corrèze en septembre dernier.
Les Limousins, les Haut-viennois en tête, ont naturellement et justement mené la révolte contre cette liste, récusant à la fois le parachutage de Weber et l’absence d’un des leurs.
La présence de Henri Weber en tête de liste, décidée par la direction nationale, souveraine en la matière, ne pouvait être contestée dans une élection de ce type. (La politique, c’est aussi l’art du possible). Le combat légitime pour qu’un candidat Limousin, -un Haut-viennois-, figure à une place convenable a donc fortement pâtit de l’amalgame.
Si nos responsables s’étaient émus et activés très en amont, nous aurions certainement, d’entrée de jeu, obtenu soit la 2ème place pour une camarade femme, pourquoi pas pour Monique Boulestin dont la circonscription sera très certainement supprimée, soit la 3ème pour Jean-Paul Denanot, qui aurait ainsi progressé d’un rang par rapport à 2004 ; cela lui aurait permis, en cas de succès, de continuer à diriger la région, ce pour quoi il a été choisi par les militants et désigné par les électeurs.
La liste proposée par Martine Aubry a donc été refusée, avec raison, par une majorité de militants.
Je ne connais pas le détail des marchandages qui ont alors eu lieu chez nous et avec la direction nationale du Parti, mais des intrigues, mues par une ambition démesurée et pour le moins largement prématurée, ont fait que Jean-Paul n’a pas figuré sur la liste et que l’actuel Premier Secrétaire fédéral s’y est retrouvé, pas par hasard, apportant peu de valeur ajoutée…
La lutte qui a été menée ici contre Weber, le fait qu’on ne l’ait invité à animer aucune réunion en Haute-Vienne, ont été interprétés par notre électorat comme le signe qu’un succès modéré était souhaité. A Tulle, où François Hollande a mené campagne avec Henri Weber, les résultats ont été très bons.
Beaucoup plus grave, à mon sens, a été l’absence, sur la liste, de Jean-Paul Denanot. Celui-ci, quoique âgé de 65 ans, n’est pas encore politiquement usé. En Haute-Vienne, en Limousin, dans l’ensemble de la circonscription, la présence d’un Président de région aurait apporté les voix nécessaires à l’obtention du second siège et les meubles auraient été sauvés !
En effet, il suffisait de mobiliser moins de 0,9 % des abstentionnistes ou d’empêcher la fuite vers les Verts du même nombre d’électeurs socialistes pour que le deuxième siège nous revienne.
La présence de Jean-Paul Denanot aurait assuré ce résultat !
Jean-Paul aurait dû exiger la 3ème place au lieu de se la faire complaisamment dérober, la 1ère étant pour lui inaccessible, ce que chacun savait. Jean-Paul aurait ainsi fait preuve de dévouement, d’abnégation ; il aurait montré qu’il savait se sacrifier pour son Parti -dont il a un peu reçu…- et cette attitude aurait amélioré encore son image chez les militants et chez les électeurs, chose pas forcément inutile en vue des régionales de l’an prochain.
Ceci dit, un putsch, même s’il réussit, demeure une faute grave, mais quand il échoue, son auteur se doit de rentrer incontinent à la maison…
Diriger une fédération, ce n’est pas dire à chaque camarade ce qu’il a envie d’entendre, ce n’est pas se pousser du col, ce n’est pas privilégier ses intérêts personnels par rapport à l’intérêt collectif. Diriger une fédération, c’est déterminer, avec les instances élues, une ligne politique juste et efficace, et l’appliquer, si possible par la persuasion.
Un responsable politique n’a pas pour vocation principale d’être populaire à tout moment et en tout lieu ; sa mission est d’œuvrer en faveur de l’intérêt général.
Je ne me souviens plus qui a écrit : « celui qui ne pense qu’aux autres est peut être un imbécile mais celui qui ne pense qu’à lui est assurément un voyou »…
Il nous reste quand même quelques raisons d’espérer :
- nous restons, de peu certes, la première force politique en Haute-Vienne. C’est d’ailleurs le seul département de la grande circonscription où nous sommes en tête,
- les électeurs qui nous ont manqué se sont abstenus ou n’ont pas déserté le camp de la gauche, considérant, à tort ou à raison, que les Verts font partie de la famille. Ils sont donc susceptibles de nous faire à nouveau confiance un jour,
- Bayrou, viscéralement homme de droite, anti laïque, est revenu à un niveau qu’il n’aurait jamais dû dépasser, ni même atteindre,
- l’extrême gauche, celle qui combat surtout la gauche, fait un mauvais score, ce qui ne peut que nous réjouir et faire aussi réfléchir celles et ceux de nos amis qui ont parfois la tentation de lui faire un doigt de cour…
Chers camarades, c’est vous qui êtes le Parti socialiste, c’est à vous qu’il revient d’imposer une ligne et des pratiques conformes à nos traditions et à nos projets ; il vous faut, au moment où se prennent les décisions, faire entendre votre voix haut et fort !